Magali Bonard, Patrimoine Valais romand
Magali Bonard devant le couvent des Capucins à Sion (Photo Sophie Stieger)

S’engager pour Patrimoine suisse

Magali Bonard de la section Valais romand, David Spinnler de la section d’Engadine et des vallées du sud, Katharina Müller de la section schaffhousoise, Tiziano Fontana de la section tessinoise et Daniele Grambone de la section soleuroise: Cinq expert-e-s des sections de Patrimoine suisse et leur engagement.

Cinq portraits de nos expert-e-s des sections de Patrimoine suisse, publiés dans le no 1/2020 de la revue Heimatschutz/Patrimoine. Textes: Monique Keller, Karin Salm, Marco Guetg, Patrick Schoeck

Magali Bonard, Patrimoine Valais romand

C’est devant le couvent des Capucins à Sion que Magali Bonard – ou Magali Reichenbach avant qu’elle ne reprenne son nom de jeune fille – a choisi de poser. La récente restauration du vénérable bâtiment a été primée par le Clou rouge en 2018. «Ce projet symbolise à la fois le respect du patrimoine et une grande ouverture d’esprit avec l’intervention résolument moderne de Mirco Ravanne dans les années 1960», explique la présidente de la section Valais romand. Or cette ouverture a fait l’objet d’un tollé général. «Il a fallu attendre les années 1980 pour que la population commence à comprendre la grande qualité de l’œuvre.»

La sensibilisation et la communication sont justement au cœur du travail de la section Valais romand. Car le Valais est le seul canton romand où les associations de protection du patrimoine et de la nature ne disposent pas du droit de recours. «Cette situation nous met dans une mauvaise posture. Nous recevons des demandes de soutien pour des oppositions, mais ne pouvons pas y répondre.» Face à cette absence de droit, Magali Bonard voit le rôle de sa section plutôt sur le terrain de la médiation en amenant une image constructive de la défense du patrimoine. «Il est important de tisser des liens avec les services des communes et de l’Etat pour être considérés comme des interlocuteurs crédibles. Ce n’est qu’ainsi que nous ferons avancer les choses.» Notamment, quand il s’agit de la constitution des inventaires, il faut toute la diplomatie requise.

Pour augmenter la légitimité et l’efficacité de la section, Magali Bonard, en place depuis bientôt cinq ans, a entrepris une importante refonte des structures. Chaque membre du comité – architectes, juriste, historien, banquier, etc. – endosse un rôle et une responsabilité précise. «Nous travaillons de manière participative et ouverte», précise-t-elle. Elle voit son rôle de présidente essentiellement comme un moteur. Elle a également entrepris la refonte des commissions en y faisant notamment de la place aux jeunes. «Ça va très vite avec eux, ils sont très motivés», se réjouit-elle et constate une bonne dynamique avec les plus expérimentés.

Dans le canton, la défense du patrimoine n’a pas bonne presse. «On nous associe souvent à la nouvelle LAT et à la Lex Weber.» Même si le vent est aussi en train de tourner comme le montre l’élection récente du Vert Christophe Clivaz au Conseil national. Reste qu’il y a du pain sur la planche et que le bénévolat montre ses limites. «On attend de nous toujours plus de professionnalisme, or il est difficile d’y répondre.» Ce constat, la présidente valaisanne n’est pas la seule à le faire. «D’autre sections romandes sont au même point que nous: les comités sont essoufflés», rapporte-elle. L’instauration du Clou rouge et son itinérance d’une région romande à une autre, depuis 2018, a permis de renforcer les liens entre sections.

Pour Magali Bonard, le patrimoine est comme une deuxième peau. Elle œuvre pour sa défense depuis 30 ans et fait office de pionnière, en tant que femme engagée, dans un canton conservateur. Née à Sion d’une maman valaisanne et d’un papa vaudois, Magali se souvient aussi de ses premiers émois en lien avec le patrimoine. Ce fut à l’église de Romainmôtier, commune d’origine de son papa, où ses parents se sont mariés. Après une formation commerciale complétée par une formation de management culturel et social au SAWI, Magali Bonard présente un travail de fin d’études sur le thème, toujours actuel, de la «valorisation du patrimoine culturel citadin en milieu alpin». Elle suivra également un CAS en «patrimoine et tourisme» de 2003 à 2005 auprès de l’Université de Genève.

Concernant les attaques dont elle fait parfois l’objet, elle les prend avec philosophie: «Je fais le dos rond et j’attends que l’orage passe. Mais j’ai aussi appris à me positionner, gentiment mais fermement.» Ce qui la porte, c’est cette passion pour l’architecture et le paysage. «Je suis émerveillée par cette harmonie entre ancien et contemporain», confie-t-elle notamment à propos du couvent des Capucins. Pour Magali Bonard, c’est à travers la compréhension du contexte historique qu’on arrive à percevoir toute la beauté du patrimoine. Et c’est précisément cette beauté qu’elle désire partager avec le public.

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Section Patrimoine Valais romand

David Spinnler, Heimatschutz Engadin und Südtäler
David Spinnler à Sta. Maria, dans le Val Müstair (Photo Sophie Stieger)

David Spinnler, Heimatschutz Engadin und Südtäler

David Spinnler dirige le parc naturel Biosfera Val Müstair et s’engage au comité de la section d’Engadine et des vallées du sud. Pour un projet dans son lieu de résidence, Sta. Maria, il a l’occasion de participer à deux fonctions: favoriser la déviation prévue depuis longtemps du trafic dont souffre le village. 

De quoi s’agit-il pour la déviation prévue? Toute personne venant de La Crusch, à environ 1600 m d’altitude, et qui aperçoit le village de Sta. Maria dans le Val Müstair a une première idée. Deux routes sont visibles. L’une traverse le Val Müstair et se faufile à travers Sta. Maria. L’autre descend en lacets du col de l’Umbrail et traverse le village dans une liaison nord-sud. Les deux tracés de route montrent dans le paysage que Sta. Maria est un carrefour. Et cela doit rester ainsi.

Nous sommes en janvier, en fin d’après-midi. Le soleil ne fait qu’effleurer les sommets de ce village de 350 âmes. Très vite, il disparaît derrière le Piz Lad. En hiver, Sta. Maria est tranquille. En été par contre, des milliers de voitures, motos et cars qui descendent du col d’Ofen, du col de l’Umbrail ou du Tyrol du Sud, entre mai et octobre, se faufilent dans le village. Toute personne qui habite sur la route principale de Sta. Maria en souffre. Depuis des années déjà.

Tout se met soudain en mouvement. En 2011, les communes du Val Müstair qui ont fusionné ont décidé d’aménager une route de déviation. Techniquement, cette tâche est sans problème, mais David Spinnler, directeur de la Biosfera Val Müstair, souhaite élargir ce travail d’ingénieurs par un aspect culturel: «La structure historique du village devrait rester lisible sous une forme ou une autre après l’aménagement de la route de déviation.» David Spinnler aurait des idées, mais il n’est pas ingénieur. Le fils du médecin du village a étudié la philosophie, l’histoire et le romanche; ensuite, il a travaillé 20 ans en tant que journaliste à la RTR (Radiotelevisiun Svizra Rumantscha) à Coire et en Basse-Engadine, avant de revenir dans son village natal, il y a six ans, avec sa femme et ses quatre fils pour se faire élire en 2018 à la tête du parc naturel Biosfera Val Müstair.

Cet arrière-plan culturel et historique marque ses agissements. Il ne s’agit pas d’aménager une simple route de déviation dans le paysage, mais d’essayer, selon Spinnler, «de tenter de créer une nouvelle valeur culturelle par la nouvelle route, son tracé et son emplacement et de repenser le noyau du village». Néanmoins, pour savoir ce que l’on veut, il faut connaître ce que l’on a. David Spinnler a donc lancé le projet «Culture du bâti 2020–24». Dans les villages ISOS, Sta. Maria et Müstair, il fait établir un inventaire architectural jusqu’en 2024. Par ce projet, la Biosfera Val Müstair établit sa propre identité. Autrefois, c’était un instrument du développement régional. Etant donné que le développement durable souhaité dans la région n’est possible qu’avec le concours de l’économie, du tourisme, de la nature et de la culture, l’accent est désormais plus large. La population a visiblement compris ce point de vue. Au début de 2020, la charte du parc a été reconduite pour dix ans avec une seule voix contraire. David Spinnler peut désormais «travailler avec les autres acteurs de la vallée sur d’autres projets» – l’un est la déviation de Sta. Maria.

La section d’Engadine et des vallées du sud de Patrimoine suisse où David Spinnler siège depuis peu au comité est également impliquée. Lorsque le trafic sera un jour banni du village, de nouvelles perspectives pourront se créer. Qu’est-ce qui serait possible? Des discussions auront lieu un samedi au mois d’août dans le cadre des manifestations organisées par Patrimoine suisse sur la thématique des «paysages culturels», en plein cœur du trafic de Sta. Maria et l’imagination sera au pouvoir. David Spinnler espère retourner à son bureau avec une corbeille pleine d’idées nouvelles. Derrière cette fuite en avant, David Spinnler et ses partisans ont une idée stratégique en tête: il s’agit de faire participer la population tant que l’optimisation prévue de la situation du trafic crée enfin une plus-value.

David Spinnler a une pointe de découragement lorsqu’il descend de La Crusch sur Sta. Maria qui pourrait avoir une route de déviation. Il avait une proposition pour que l’aspect actuel du village reste intact: «Avec un tracé souterrain, le trafic ne serait en surface qu’à la limite du village, près du carrefour de la route de l’Umbrail, et la situation historique de carrefour pourrait être réinterprétée.» Nul doute: David Spinnler va présenter ses rêves dans la corbeille du mois d’août …

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Sektion Heimatschutz Engadin und Südtäler

Katharina Müller, Schaffhauser Heimatschutz
Katharina Müller, devant la «Bergtrotte» d’Osterfingen (Photo Sophie Stieger)

Katharina Müller, Schaffhauser Heimatschutz

Osterfingen est une petite cuvette nichée dans une vallée située entre le Wannenberg et le Rossberg. Les maisons sont groupées de manière ordonnée le long de la rue du village derrière des jardins potagers et ornementaux. Cette rue en cul-de-sac a peut-être nui à l’économie du village, mais le site en a profité. Aucun tapis de maisons individuelles n’a été aménagé sur les pentes. Le village-rue est compact et intact. Il est entouré de vignobles de raisins d’un rouge sombre. «Ce paysage culturel unique mérite davantage d’attention», explique Katharina Müller, en testant les tripes qu’elle a commandées au restaurant «1584» de la presse à vin (Bergtrotte). Katharina Müller doit le savoir: cette architecte diplômée de l’EPFZ a été durant 20 ans architecte cantonale et a siégé quelques années dans cette fonction dans le comité de la section schaffhousoise de Patrimoine suisse. Ce faisant, elle a apprécié les qualités caractéristiques des villages du canton. Retraitée, elle a repris la présidence de cette section il y a quatre ans.

«Ici à Osterfingen, on voit que l’engagement privé est important pour la préservation des biens culturels.» Katharina Müller cite la presse à vin. Cet imposante construction, de près de 500 ans, est située dans le vignoble. En 2011, une fondation a repris cette presse à vin de la coopérative viticole d’Osterfingen et l’a obligée à la sauvegarder en tant que bien culturel et à la transformer en attraction culturelle et touristique. Quatre ans plus tard, la rénovation qui a coûté 4,2 millions de francs a permis d’ouvrir un restaurant dans une annexe en béton brut. Ce restaurant propose des mets fins et du territoire ainsi qu’une offre intéressante de vins régionaux. La culture, le paysage et la gastronomie forment ici un magnifique trio.

Katharina Müller apprécie non seulement les tripes, mais également le sentier horticole d’Osterfingen. A cet égard également, les personnes privées se sont engagées pour reprendre les rênes de ces jardins. Emil Wiesli, ancien jardinier de la ville de Schaff-house, a été le moteur de ce sentier. Il s’émerveillait de ces beaux jardins paysans qui formaient une mosaïque colorée dans la rue du village. Il trouvait également impressionnants les jardins potagers derrière les maisons qui créaient une transition vers les champs et les vignobles. Toute personne qui entretient ces jardins paysans est libre de participer à cet engagement depuis 2005. Une brochure présente les 27 jardins avec un bref descriptif et un plan de situation. Les visiteurs qui s’extasient sont une récompense pour ce travail.

«Le sentier horticole et la presse à vin sont des lueurs d’espoir», explique Katharina Müller. Elle ajoute qu’Osterfingen est un site d’importance nationale ISOS de même que Wilchingen et Neunkirch. Ces lueurs d’espoir sont nécessaires car la section schaffhousoise de Patrimoine suisse avait dû endurer au début de 2018 une considérable défaite en votation à propos de la révision de la loi sur la protection de la nature et du paysage. La majorité de la population de Schaffhouse avait décidé de ne plus faire apprécier les transformations de maisons protégées par la conservation cantonale des monuments historiques. Le fait que la conservation des monuments historiques soit moins affaiblie que dans le canton de Zoug n’est qu’une maigre consolation, explique Katharina Müller. «Un vent contraire souffle sur la conservation des monuments historiques.»

Ainsi, la présidente et sa petite troupe de conseillers avancent de façon conséquente. Il y a une rencontre chaque vendredi. Toutes les demandes d’autorisation de construire sont analysées et examinées: il s’agit de savoir si un objet sensible est impliqué et si des oppositions ou recours sont nécessaires et prometteurs. «Nous ne pouvons pas nous permettre de faire des recours sans chances de succès. Cela nuirait à la réputation et à la crédibilité de notre section», explique Katharina Müller.

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Sektion Heimatschutz Schaffhausen

Tiziano Fontana, Società ticinese per l’Arte e la Natura (STAN)
Tiziano Fontana dans le quartier
San Giovanni de Bellinzone (Photo Sophie Stieger)

Tiziano Fontana, Società ticinese per l’Arte e la Natura (STAN)

Le tour d’horizon commence au restaurant Casa del Popolo, à la viale Stazione 31 à Bellinzone. Nous apprenons deux ou trois choses de la biographie de Tiziano Fontana tandis qu’il nous explique où le bât blesse chez les protecteurs du patrimoine et quels accents il souhaite mettre en priorité en tant que président de la STAN. Il sort dans la rue et au coin de la rue. Nous descendons un long escalier. Le visiteur du nord regarde et se dit surpris: il s’aventure en terrain inconnu.

Le quartier situé entre la gare et les ateliers des CFF s’appelle San Giovanni. A la fin du XIXe siècle, la ville s’est agrandie à la faveur du boom des CFF. Un carré avec des rues en angle droit est ainsi apparu. De petites villas et immeubles avec des jardin enclos, une forme mixte d’éléments du Heimatstil et du Jugendstil, ont été créés avec quelques emprunts au classicisme comme pour l’architecture industrielle.

Ce qui attire Tiziano Fontana dans cet admirable ensemble urbain est dû à deux raisons. D’une part, San Giovanni est le lieu d’une visite guidée dans le cadre de l’action lancée par la STAN des «Paesaggi culturali in Ticino» et d’autre part, le Canton du Tessin a reconnu, il y a quelque temps, l’ensemble du quartier comme un bien culturel d’importance cantonale. «Quelque chose de nouveau dans l’histoire du canton!», lance Tiziano Fontana lors de notre tour d’horizon. En règle générale, seuls quelques éléments isolés parviennent à cette protection

Cet adoubement culturel pour un quartier est une lueur d’espoir. Tiziano Fontana ne devient pas euphorique. Les cas litigieux dans le canton sont pléthoriques. Le parc éolien au Gothard viendra. Les recours de la STAN ont été rejetés. Le conseiller communal s’en prend au destin et s’interroge: «Pourquoi justement au Gothard, ce lieu fondateur de sens, alors que dans la vallée des panneaux solaires auraient pu être installés sur les toits des sites industriels?» Sur le lac Majeur également, une longue passerelle de 2 kilomètres devrait relier Ascona à l’île de Brissago. Le recours de la STAN est encore pendant. Dans le quartier de villas de Montarina, à Lugano, la cité-jardin édifiée en 1910 par l’architecte Americo Marazzi menace d’être détruite et le long de la promenade du lac, des tonnes de sable devraient être déversées …

Sur la carte de Tiziano Fontana, il y a encore bien d’autres points faibles – mais aussi des résultats intéressants. Le plus récent: en décembre 2019, un recours de la STAN contre un projet au centre de Novazzano a été accepté. Le projet Botta aurait impliqué la destruction de témoins de la culture du bâti du XVIIe et du XVIIIe siècles. Que ce soit ici ou ailleurs: il s’agit toujours de la même chose, explique Tiziano Fontana, «il s’agit d’interventions peu délicates sur la substance historique bâtie». Pour de nombreux architectes, l’ISOS n’est pas un instrument de planification, mais plutôt une sorte de sigle indéchiffrable.

Ce manque de sensibilité amène la STAN à entreprendre des actions juridiques. «Ici, un noyau de village historique est menacé», dit Tiziano Fontana, «là, un quartier du XIXe siècle, ici une villa nichée dans un parc, les zones à bâtir sont trop grandes … Les recours s’imposent et sont vraiment nécessaires», explique Tiziano Fontana. L’information lui semble importante. Aussi la STAN prévoit-elle d’organiser des colloques d’études ouverts ou des visites guidées; elle nourrit intensément les médias sociaux, et elle va entretenir une vieille tradition de mai à septembre avec les quatre «Paessaggi culturali du Tessin».

Tiziano Fontana connaît très bien l’ADN de sa section. Avant de devenir président de la STAN, il en a été le secrétaire durant trois ans; auparavant, il avait affronté dans un combat culturel local la Villa Argentina de Mendrisio. Un projet de construction aurait anéanti une partie du parc. Tiziano Fontana avait lancé une pétition contre la destruction du parc historique de cette villa. «Nous n’avons pas encore gagné», explique Tiziano Fontana, «mais il n’y a pas encore eu de construction.»

Antonio Pisoni, le prédécesseur de Tiziano Fontana, est resté 26 ans en poste. Une perspective de longue durée. Fontana rit et fait signe de la main. Il a encore une vision d’avenir sur sa présidence. Son espoir: trouver une solution «juridique, de planification et économique qui fonctionne bien pour sauver les quartiers mais aussi y vivre» et il conclut par une question rhétorique: «A quoi servent les maisons et les quartiers protégés s’ils restent vides?»

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Section tessinoise: Società ticinese per l’Arte e la Natura (STAN)

Daniele Grambone, Solothurner Heimatschutz
Daniele Grambone, devant la centrale hydraulique de Luterbach (Photo Sophie Stieger)

Daniele Grambone, Solothurner Heimatschutz

«Avec une vision en noir-blanc, nous n’irons pas loin», explique Daniele Grambone, président de la section soleuroise de Patrimoine suisse. En tant que citoyen, il prône le tournant énergétique. En tant qu’architecte, néanmoins, il est surpris de la mauvaise intégration des panneaux solaires sur les toits plats et se demande comment l’énergie éolienne va transformer les paysages. Cet homme de 34 ans entame une réflexion: «Nous devons mieux comprendre comment nous voulons façonner le tournant énergétique.» Il ajoute: «Nous devons également entendre ce que les autres ont à dire.»

Les prochaines manifestations de la section soleuroise de Patrimoine suisse sur «l’énergie et les paysage culturels», Daniele Grambone les considère comme un état des lieux. Quatre manifestations dans quatre lieux différents montrent où le bât blesse. L’opinion de cette section n’est toutefois pas au premier plan, explique Daniele Grambone. Il est préférable de donner la parole à d’autres. «Ecouter permet de comprendre», dit-il.

Cette série de manifestations doit également contribuer à clarifier quelles priorités la section soleuroise de Patrimoine suisse entend poursuivre. En raison des moyens limités, il n’est pas possible d’être actif partout où le tournant énergétique a des conséquences sur les paysages et les sites. Après un moment de réflexion, il ajoute: «Et nous devrions réfléchir à la façon de nous allier davantage avec d’autres organisations environnementales.»

Les intérêts de la protection de la nature, de l’environnement et du paysage se manifestent sur plusieurs endroits. Parfois, ils se recoupent et parfois, il faut trouver des compromis. Cela ne concerne pas seulement la question des interventions sur des centrales hydrauliques historiques. Grambone cite un exemple: «La superstructure de la centrale hydraulique de Winznau, près d’Olten, doit être entièrement rénovée. En tant qu’architecte, cela me fait mal car ce bâtiment historique va disparaître. D’un autre côté, il est tout à fait compréhensible qu’un ouvrage qui a perdu ses fonctions et qui n’a pas trouvé de nouvelle affectation judicieuse soit rénové. Il s’agit également de protéger la nature.» Une croisière à proximité des pontons en mai montrera comment et si les renaturations de bâtiments historiques de l’histoire industrielle sont en cohérence.

L’industrialisation du canton de Soleure a créé des paysages énergétiques importants. Il y a près de 20 ans, la section soleuroise de Patrimoine suisse a montré dans une publication que ces modifications paysagères faites de la main de l’homme étaient précieuses et dignes de protection. «C’est un signe important si l’on peut encore produire de l’électricité dans des petites centrales hydrauliques historiques», explique Daniele Grambone. Le programme de manifestations de cette section prévoit de refaire découvrir les traces de cette publication parue en 2002 sur le sentier didactique du canal de l’Emme.

Le solaire photovoltaïque crée des paysages énergétiques entièrement nouveaux. La section soleuroise de Patrimoine suisse suit de près ce phénomène pour trouver la source du problème: Hessigkofen, un village de 270 habitants dans le district de Bucheggberg est un site ISOS d’importance nationale. Par ailleurs, il s’est fait un nom en tant que village solaire dans toute la Suisse. L’engagement de la commune pour encourager la production d’énergies renouvelables sur les toits lui a rapporté le Prix solaire suisse en 2010. «Nous souhaitons apprendre comment ces intérêts peuvent être conciliés.»

Lorsqu’on parle de tournant énergétique dans le canton de Soleure, on ne peut guère échapper à la centrale nucléaire de Gösgen – qui fournit près de 10% de l’électricité produite en Suisse. Comment cette centrale sera-t-elle un jour fermée reste une question essentielle. Quel sera l’avenir de cet ouvrage controversé et marquant dans le paysage en est une autre. Si l’on compare ce témoin de l’histoire industrielle et énergétique et que l’on considère l’importance de cette centrale selon des critères patrimoniaux stricts, ne devrait-on pas préserver cette installation en tant que site historique? «Effectivement, nous avons déjà reçu de telles questions», explique Daniele Grambone, «la réponse n’est pas si simple.» Sa réflexion: «Peut-être pouvons-nous penser à de nouvelles affectations futures. Pourrions-nous imaginer installer des lofts dans l’actuelle tour de refroidissement?»

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Sektion Heimatschutz Solothurn