En 1957, Riccardo Tognina et Romerio Zala décrivaient le Valposchiavo comme la «vallée perdue», une région lointaine et presque oubliée. Sa situation précaire était due avant tout à sa position géographique, mais pas seulement. Au début du XXe siècle, la construction de la ligne de la Bernina et des centrales hydroélectriques avait fait souffler un air de modernité. Mais le Valposchiavo demeura largement en marge du boom économique de l’après-guerre. Le manque de perspectives provoqua, comme dans de nombreuses régions périphériques, une hémorragie démographique massive. Entre 1995 et 2000, la vallée perdit un cinquième de sa population, qui n’atteignait plus que 4 427 habitants.
Mais un virage est intervenu récemment. Les signes avant-coureurs sont apparus au milieu des années 1980 quand quelques agriculteurs ont commencé à cultiver des plantes médicinales – une production innovante annonciatrice d’autres évolutions.
Mais un évènement entraîna à l’été 1987 un tournant inattendu. Après des jours de déluge, les torrents sortirent de leur lit. Une énorme masse de boue provenant du Val Varuna submergea Poschiavo, le chef-lieu, et les autres villages subirent aussi d’énormes dégâts. La catastrophe souleva l’attention des médias et des élans de solidarité affluèrent de toute la Suisse. Durant des années, on travailla à la reconstruction des maisons et à la sécurisation du territoire. Le centre de Poschiavo, autrefois aménagé avec faste par des pâtissiers émigrés, retrouva toute sa splendeur. Dans le même temps, le tourisme connut un nouvel essor.
Une décennie plus tard, la situation périphérique de la vallée amène Swisscom à la choisir pour tester sa nouvelle technologie numérique. L’essai soulève un grand intérêt et, en 2000, le Valposchiavo dispose de la plus grande densité de connexions Internet en Suisse. De vastes projets sont lancés: en 2002 est créé le Polo Poschiavo, un centre de formation continue pour les adultes dans le Valposchiavo et le Val Bregaglia. Mais la promesse des nouveaux modèles de télétravail reste vaine. Cependant, le projet favorise l’apparition de sociétés actives dans les secteurs de l’informatique et des services. Les compétences acquises renforcent le tissu économique.
En parallèle, la libéralisation du marché de l’énergie offre une nouvelle opportunité. Le canton des Grisons encourage la fusion de plusieurs entreprises hydroélectriques. Les anciennes Forze Motrici Brusio deviennent le partenaire le plus puissant dans la nouvelle entité et Poschiavo accueille le siège de Repower. Ce regroupement crée des ressources économiques et des places de travail supplémentaires.
De son côté, l’agriculture n’est pas en reste et a trouvé un débouché d’avenir dans les produits bio. Un projet particulièrement innovant a été développé dès 2007 avec la restauration de l’ancien moulin d’Aino. À vocation culturelle au départ, cette initiative a débouché sur une collaboration avec des paysans pour la culture de sarrasin et de seigle.
Ce projet modeste a donné le coup d’envoi à une aventure à plus large échelle, couronnée de succès et qui va bien au-delà du monde paysan: 100% Valposchiavo. L’idée était de réunir sous une même marque la promotion touristique, l’agriculture et l’héritage culinaire – les produits régionaux étant devenus les ambassadeurs de la vallée. En se concentrant sur la qualité et la tradition, le tourisme a enregistré de nouveaux records d’année en année.
Le tissu social a joué un rôle déterminant dans ce succès. Dans le Valposchiavo, les gens se connaissent et beaucoup d’idées naissent de ces échanges directs. Mais les contacts avec l’extérieur ont été importants également: presque tous les jeunes partent se former dans le reste du pays et nombre d’entre eux reviennent, avec des expériences nouvelles et de précieuses compétences.
En dépit de son isolement, ce microcosme est en dialogue permanent avec le monde extérieur. Mais le vrai secret de la réussite réside dans la cohésion sociale. Avec plus de 80 sociétés et organisations, du football à la danse en passant par la philatélie et les musées, la vallée propose une vie associative d’une rare richesse.
Dans le Valposchiavo, une région périphérique peuplée d’une minorité linguistique, on a pleinement conscience que la qualité de vie et le succès dépendent directement de l’action commune. C’est ce sentiment qui a permis sa renaissance économique, culturelle et démographique.
Daniele Papacella, journaliste
La remise du Prix Wakker à Poschiavo aura lieu le 23 août 2025 dans le cadre d’une fête publique. Une publication consacrée au Prix Wakker 2025, avec des articles en allemand et en français, paraîtra prochainement.