Susanne Vécsey: Au début d’un tel mandat, on commence par faire connaissance avec le bâtiment et on s’efforce d’accorder celui-ci avec les désirs du maître d’ouvrage. Nous avons rapidement décidé d’accentuer la différence entre le bel étage et les combles, qui ne sont que partiellement aménagés. En même temps, nous voulions agir avec retenue et moins intervenir que ce qu’on tend à faire par réflexe. Nous n’avions encore jamais mis en œuvre un tel principe de manière aussi conséquente mais cela nous a convaincus.
Christoph Schmidt: Des idées qui sont adaptées à un projet ne sont pas forcément bonnes pour un autre, même si le mandat peut paraître similaire. Dans d’autres cas, il n’aurait pas été approprié de préserver les empreintes du temps comme cela a été fait ici.
Vécsey: Lorsque nous transformons, nous essayons de nous inspirer de l’existant. En même temps, le maître d’ouvrage, avec ses souhaits et ses idées, joue un grand rôle, de telle sorte que la construction est un échange. Cette médiation entre les décideurs et ce qu’offre l’existant est pour nous une nécessité.
Schmidt: Le plus grand défi était de concilier toutes les demandes des autorités. À cet effet, nous avons impliqué très tôt tous les acteurs et mené de fréquentes inspections avec le maître d’ouvrage.
Schmidt: Je trouve intéressant que la fonction de prestige du bâtiment se soit exprimée uniquement au rez-de-chaussée et au premier étage. C’est là que nous avons travaillé étroitement avec le service des monuments historiques et la restauratrice. Dans les combles, les espaces avaient un caractère presque industriel, que l’on n’imagine pas de l’extérieur. C’était un défi pour nous en tant que créateurs, au sens positif: comment aménager ces volumes de manière dépouillée sans que cela paraisse bizarre?
Vécsey: Ce projet était aussi une tentative d’aboutir à une réalisation de qualité par une planification soignée plutôt que par des matériaux nobles.
Schmidt: On ne peut pas mettre à neuf la patine. Si l’on admet que le passage des années sur une maison a aussi son charme, on aborde tout autrement les empreintes du temps. Par exemple, nous avons réutilisé des lavabos provenant d’autres transformations. Ces éléments usagés s’intègrent d’eux-mêmes.
Vécsey: Les traces d’utilisation sont souvent considérées comme de la «crasse». Mais faut-il vraiment les considérer de manière aussi négative ou ne s’agit-il pas tout simplement d’une couleur supplémentaire qui s’est déposée sur les surfaces? Autrefois et par nécessité, on travaillait beaucoup plus avec l’ancienne substance bâtie parce qu’on ne pouvait pas se permettre de tout renouveler. Aujourd’hui, d’autres raisons militent en faveur de sa conservation: l’esprit de sobriété incite à la retenue, on remarque que l’on peut se satisfaire de moins.
Schmidt: Un sol ancien peut être une perte de confort pour certains, parce qu’il n’est pas plat, parce qu’il grince et parce que l’isolation phonique ne correspond pas aux standards modernes. D’un autre côté, il a un charme fou et il dit quelque chose de l’histoire des lieux. Mais nous ne nous sommes pas fixé des interdits: nous nous sommes arrêtés un peu avant que le bâtiment ne soit comme neuf. En théorie, on pourrait continuer si on voulait.
Vécsey: Nous installerions une aération en toiture pour la salle de réunion (rires). Naturellement, il y a d’autres détails qui ne nous convainquent pas totalement et que nous traiterons autrement une prochaine fois.
Schmidt: Pour certains détails, nous aurions dû, à mon avis, adopter une approche encore plus expérimentale.
Vécsey: Mais dans l’ensemble, le résultat me plaît beaucoup. On sent que nous avons pu aménager les combles sur mesure pour notre usage.
L'entretien a été mené par Natalie Schärer.
«Bautenprämierung» de Heimatschutz Basel
La section bâloise de Patrimoine suisse a distingué en novembre 2023 la transformation de l’ancienne cure et souligné le traitement soigné de la substance bâtie.