Environnement et développement durable

Nettoyer, un acte solidaire

Outre la destruction du village de Blatten (VS), l’éboulement survenu en mai 2025 dans le Lötschental a aussi recouvert d’une croûte tenace de boue et de poussière les façades du hameau voisin de Weissenried. Son élimination est un travail arti­sa­nal sur mesure que coordonne Peter Egloff, avec son entreprise spécialisée dans la conservation et la restauration du patrimoine bâti. Interview.

Qu’est-ce qui caractérise le village de Weissenried?

Peter Egloff: Certaines habitations et certains bâtiments d’exploitation sont âgés de plusieurs siècles. Depuis le plateau, la vue est impressionnante sur le Lötschenlücke et le Bietschhorn. Les quelque 70 constructions en ordre serré autour de l’église forment un ensemble cohérent avec ses ruelles et ses espaces libres. Considéré comme d’importance nationale, le hameau est inscrit à l’ISOS depuis 1984 avec l’objectif de sauvegarde A. Par chance, la coulée est passée juste à côté le 28 mai 2025. Cependant, les maisons ont été couvertes d’une croûte tenace de particules fines déposées par le nuage de boue et de poussière. Après ce terrible événement, l’attention s’est tournée vers cette localité intacte pour reloger les habitants de Blatten. De fait, Weissenried ne s’est pas développé isolément: il partage une histoire commune avec le village disparu.

Quelles difficultés pose la planifi­cation du nettoyage?

Créée en 1994, la fondation Blatten assume la direction et préfinance beaucoup d’opérations, ce qui facilite la procédure. Mais c’est une structure modeste qui s’est occupée jusqu’à présent d’un ou deux objets par an dans la région. Après l’éboulement, elle a reçu en peu de temps de nombreux dons. Elle doit maintenant adapter ses structures. La fondation s’efforce de dialoguer avec tous les propriétaires de Weissenried. Les conditions sont souvent dif­férentes: certains objets appartiennent à plusieurs personnes et les avis divergent sur la manière de nettoyer les maisons. En outre, les propriétaires ne sont pas toujours assurés. Certaines assurances couvrent avant tout les procédés standards avec des machines, alors qu’un nettoyage à la main, respectueux des matériaux, n’est pas prévu. Une telle approche est problématique, car elle risque d’entraîner une perte irréversible de substance et d’endommager durablement le site. Mais il faut préciser que la fondation finance les coûts supplémentaires engendrés par le travail à la main.

À quoi faut-il veiller pour obtenir un bon résultat?

Au fil des siècles d’exposition au soleil, une couche noire s’est formée sur les façades en mélèze. Cette patine est une excellente protection contre les intempéries. Il serait fatal de l’endommager, voire de l’enlever, avec un Kärcher, une sableuse ou des brosses dures. Ces surfaces noires ont aussi une dimension esthétique et le nettoyage doit être uniformisé si l’on veut éviter un effet patchwork. La manière de procéder doit être fixée au terme d’un processus commun, soutenu par le plus grand nombre. Afin d’aboutir à un résultat optimal, nous procédons d’abord par échantillon. Comme la coulée argileuse est très adhérente et n’est pas suffisamment éliminée par les pluies, nous devons utiliser généralement de l’eau et des moyens mécaniques doux comme des éponges naturelles. Nous pouvons prodiguer des conseils sur les techniques appropriées et coordonner les opérations. Nous sommes
finalement mandatés par la fondation Blatten pour le contrôle qualité. Un critère principal sera de garantir une apparence uniforme des bâtiments.

Cherchez-vous davantage de bénévoles pour les travaux?

Exactement. L’an passé, de nombreux bénévoles ont nettoyé les chemins, les fondations des bâtiments et les fenêtres. De mai à octobre 2026, nous allons passer aux façades d’une vingtaine de maisons. Nous cherchons des spécialistes ayant suivi une formation complémentaire dans le domaine, qui puissent nous soutenir sur place et encadrer les étudiant-e-s de la filière MAS en conservation et restauration à la Haute école spécialisée bernoise. Ces derniers encadreront à leur tour les bénévoles lors d’un chantier de quatre jours.

L'entretien a été mené par Danielle Fischer, architecte et journaliste.

Revue

Cet article est tiré de la revue Heimatschutz/Patrimoine 2/2026 «Les bains, reflets du temps» (date de parution: 26 mai 2026).