Durant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse a souffert d’une pénurie marquée de logements. Qui aurait été assez fou pour investir dans l’immobilier alors que les bombes pleuvaient sur toute l’Europe? En ces temps incertains, la Confédération, les cantons et les villes ont pris le taureau par les cornes et lancé un programme de subventionnement à large échelle.
Le lotissement Grabenacker de la Heimstätten-Genossenschaft Winterthur (HGW) est très représentatif des critères posés à l’époque pour ce financement: ses sobres maisons mitoyennes, dans le style «Landi», ont été construites entre 1945 et 1947 avec des méthodes bon marché et économes en matériaux. Les jardins devaient servir à l’autosuffisance des familles nombreuses.
Le quartier a fait ses preuves au fil des décennies comme un cadre de vie de qualité. Les changements sociétaux ont aussi laissé des traces, dans les jardins en particulier, constate Brigitte Nyffenegger. «Les carreaux de légumes deviennent des pelouses, les terrasses s’étendent, les arbres fruitiers et les buissons disparaissent alors que les haies de thuyas garantissent l’intimité des habitants.»
Il y a une dizaine d’années, la HGW a décidé de renouveler substantiellement son lotissement, composé de 144 maisons en rangée et de quatre immeubles locatifs. L’objectif était ambitieux: les habitants étaient attachés à leur cadre de vie et aux loyers modérés. Parallèlement, le quartier du Grabenacker faisait face à une demande croissante pour des logements de plus petite taille. Enfin, le canton de Zurich a inscrit l’ensemble à son inventaire des monuments.
Afin d’évaluer les possibilités de rénovation de ce parc immobilier, un processus participatif, suivi d’une planification test ont été menés. «La propriétaire a reconnu rapidement que les espaces verts constituaient un élément caractéristique du lotissement et a pris en compte dès le début l’architecture paysagère», explique Brigitte Nyffenegger. Par chance, la même équipe a pu collaborer durant toutes les étapes, de la planification test jusqu’à la réalisation. «Intervenir sur la substance existante est compliqué et exige une compréhension commune et approfondie des moyens et des objectifs.»
Vu leur intérêt historique, les maisons en ordre contigu ont été entièrement préservées. Ce qui était encore utilisable est conservé. Ce principe a été aussi appliqué aux espaces extérieurs: «Les escaliers, les murets ou les dalles que nous avons retrouvés sont mis de côté et réutilisés. Dans la mesure du possible, nous voulons aussi laisser telles quelles les pelouses. L’entreprise de génie civil a d’ailleurs dû apprendre qu’on ne peut pas entreposer du matériel n’importe où. La valeur patrimoniale comprend aussi la conception spatiale, le découpage et la proportion de surfaces vertes. La remise en état doit faire ressortir le style «coulée verte» typique de l’époque.
Les immeubles locatifs vont disparaître, en revanche. L’objectif est de proposer des types d’appartements différenciés et plus adaptés aux diverses phases de la vie. Selon Brigitte Nyffenegger, les espaces libres jouent ici un rôle charnière entre l’ancien et le nouveau, et renforcent le caractère d’ensemble du site.
Patrick Schoeck, secrétaire général de BSLA