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Rossinière ouvre ses portes

Le samedi 29 août, le Clou rouge faisait étape à Rossinière, dans le Pays-d'Enhaut, à la découverte d'un village dont l'identité reste fortement liée à son patrimoine bâti et aux savoir-faire qui l'ont façonné. Une journée qui devait permettre de découvrir plusieurs facettes du village et qui a finalement réservé aux participantes et aux participants une ouverture privilégiée: celle du Grand Chalet, propriété de la Comtesse Kossowska de Rola.

Réuni à la Placette pour le vernissage du Clou rouge, le public a d'abord été accueilli par Béatrice Lovis, vice-présidente de Patrimoine suisse, section vaudoise, qui est revenue sur l'histoire de cette action et sur sa vocation d'aller à la rencontre des différentes régions de Suisse romande, tout en donnant à voir la diversité des questions qui entourent aujourd'hui la préservation du patrimoine. 

La syndique de Rossinière, Catherine Pilet, a ensuite retracé quelques étapes de l'histoire du village, depuis sa première mention en 1115 jusqu'à son développement au fil des siècles. Si Rossinière se distingue aujourd'hui par la qualité de conservation de son architecture, cette préservation ne repose toutefois pas uniquement sur le maintien des bâtiments existants: la commune cherche également à soutenir les cafés, restaurants et activités qui permettent au village de rester un lieu habité et vivant plutôt qu'un ensemble patrimonial figé. 

La question de l'équilibre entre conservation et évolution a également occupé une place centrale dans l'intervention d'Alberto Corbella, conservateur cantonal des monuments et des sites à l'État de Vaud. Protéger le patrimoine ne signifie pas soustraire les bâtiments et les sites aux transformations du présent, mais parvenir à identifier ce qui doit être transmis tout en tenant compte des besoins contemporains. Dans cette perspective, il a notamment rappelé l'importance des inventaires, dont le rôle peut sembler avant tout documentaire, mais qui constitue en réalité une première étape essentielle de la protection: reconnaître, décrire et rendre visible un objet patrimonial permet déjà de lui donner une place dans les décisions qui détermineront son avenir. 

L'intérêt suscité par cette étape s'est confirmé tout au long de la journée: la randonnée matinale comme les différentes visites guidées de l'après-midi affichaient complet, certains groupes accueillant même davantage de personnes que prévu. 

Dans le hameau de la Frasse, Jean-Pierre Neff proposait une lecture particulièrement concrète de l'architecture locale. Ancien syndic de Rossinière, il est également charpentier, une double connaissance du territoire et de ses techniques constructives qui a permis de dépasser la simple observation des façades pour comprendre davantage la manière dont ces bâtiments ont été pensés, assemblés et adaptés au fil du temps. Son regard, nourri d'un vocabulaire très spécifique aux constructions du Pays-d'Enhaut, mettait ainsi en évidence des détails passionnants. Le parcours a également mené au rucher de Rossinière, construit en 1930 et unique en Suisse romande par ses dimensions, puisqu'il pouvait accueillir jusqu'à 90 ruches. 

Mais l'étape la plus inattendue de la visite se trouvait un peu plus loin. Le Grand Chalet, qui devait initialement être observé depuis l'extérieur, a ouvert ses portes pour le Clou rouge. Accueillis par sa propriétaire, les participantes et participants ont ainsi pu pénétrer dans l'un des bâtiments les plus emblématiques du Pays-d'Enhaut, inscrit comme bien culturel suisse d'importance nationale et habituellement inaccessible au public. 

Construit entre 1752 et 1756, le Grand Chalet impressionne encore aujourd'hui par des dimensions déjà hors norme au XVIIIe siècle: cinq étages, 113 fenêtres et quelque 500m2. Sa taille s'explique notamment par sa fonction d'origine, puisque le bâtiment avait été conçu pour permettre l'affinage de plusieurs centaines de meules de fromage. Acquis dans les années 1970 par le peintre Balthus, qui y vécut et travailla, le chalet est aujourd'hui encore une propriété privée. 

Cette ouverture privilégiée a constitué l'un des temps forts d'une étape qui a permis de mieux comprendre la manière dont Rossinière préserve son patrimoine, tout en continuant à le faire vivre et évoluer.